Programme journée interstice
Né d’un processus collectif en recherche-action cette journée nous invite à investir le territoire par ses espaces, là où la culture se réinvente…
À partir des travaux de recherche-action sur « culture et territoire »
Le 6 octobre 2008 de 16h30 à… plus soif
En compagnie d’acteurs sociaux, culturels et artistiques du 18e arrondissement,
du réseau « Recherche-Action » parisien
et inter-régional « espaces populaires de création culturelle »
et toutes personnes en intelligence collective, coopérative, multi référentielle
Avec le généreux accueil de « La Teinturerie de Plume »
3 rue Myrha – Paris 18e - M° Gare du Nord – Barbes – La Chapelle
L’interstice provoque des rencontres inédites, puisqu’il s’immisce partout et surtout là où on ne l’attend pas. C’est une manière de nous décaler sur le plan mental, spatial, social en provoquant des interfaces entre un centre et une périphérie autant matériels qu’immatériels. Ainsi naissent dans le croisement des disciplines, des expériences et la confrontation à l’altérité des êtres hybrides, acteurs-chercheurs, artistes laboureurs, artisans sociaux de la culture, habitants créateurs d’espaces.
C’est un rassemblement de singularité où chacun peut se prévaloir d’être un nœud de rencontres et d’échanges, sujet autonome se détachant d’une posture convenue pour être auteur de sa pratique et de son discours. De cette multiplicité où l’individu rejoint le collectif et « l’acte prend la parole », peut naître des formes alternatives de développement social, économique, culturel… Dans tous les cas le processus d’innovation est au centre. Comprenons : la journée ne parle pas seulement de l’interstice, elle l’expérimente.
Après une introduction sur les travaux de recherche-action « culture-territoire », nous inviterons les participants à décliner à leur manière comment différents espaces se croisent et participent à changer notre rapport au territoire où la culture devient agent de transformation :
- Espaces Interstitiels : des failles spatio-temporelles dans l’espace des terrains vagues, en friche ou en suspension entre une histoire et un devenir, conditions propices à l’émergence de situations présentes éphémères générant de nouvelles mobilités,
- Espaces publics : où la dimension politique rejoint la dimension géographique, celle du forum-débat, du lieu politique de la problématisation des enjeux, de la friction sociale des luttes démocratiques, de ce qui finalement fait ville ou pas,
- Espaces intermédiaires : entre-deux qui pousse du milieu et se refuse à une définition par les extrémités, mais alterne entre des champs opposés de l’expérience comme l’art et le social, le local et le global, l’ancrage et la mobilité
- Espaces fluidiques : un flux continuel porté par les technologies de l’information et de la communication d’où émerge par émanations et captations une culture numérique bouleversant le rapport à la transmission, la production, la diffusion…
Des interventions parlées, musicales, picturales, visuelles, multimédias, etc. viendront témoigner de l’expérience des espaces de création culturelle tout en les provoquant ainsi par nos échanges.
PROGRAMME JOURNÉE INTERSTICES - 6 OCTOBRE À PARTIR DE 16H30
à la Teinturerie de Plume - 3 rue Myrha – Paris 18e Remerciement à Philipe DUBOIS de la Teinturerie de Plume, aux intervenants et l’équipe parisienne recherche-action du réseau inter-régional « espaces populaires de création culturelle » qui crée l’interstice au cœur de Paris : Jérémie CORDONNIER, Anne-Sophie MATTEI, Romain DÜRR, Tahar BOUHOUIA et tous nos amis sympathisants. Trois séquences entrecoupées par un « interstice » réflexif et artistique
1- ENTRER EN ESPACE : SORTIR DU TERRITOIRE POUR L’INVESTIR AUTREMENT
- FERNAND ET MYRHA LA DOUCE (FILM)
Fernand, vieux Malien sans papiers, décide un jour de repartir au Mali. Grand, voûté, le regard chaleureux, la mine tantôt réjouie, tantôt méfiante selon les atmosphères de la presqu’île de Château Rouge Goutte d’Or, il reste assis sur son trône, au Petit Myrha ou à l’Atlas. Il veut se faire expulser. DEVLIN BELFORT, CINÉASTE
- DYONISO LE DERNIER ROBO (DANSE)
La sonnette du musée retentit. Comme tous les soirs les visiteurs sont priés de se diriger vers la sortie. Mais ce soir, le robo Dyoniso exposé dans le musée va mystérieusement prendre vie. Commence alors un voyage dans le tout Paris, à travers les yeux de Dyoniso, enfant, cyborg, poète…. MEHDI SLIMANI, CHORÉGRAPHE
- ESPÈCES D’ESPACES (LECTURE ET VIDÉOPROJECTION)
« Vivre, c’est passer d’un espace à un autre, en essayant le plus possible de ne pas se cogner ». A partir de l’introduction du livre de Georges Perec nous sommes invités à investir le territoire par ses espaces, là où la culture se réinvente dans son rôle d’émancipation et de transformation. HUGUES BAZIN, CHERCHEUR EN SCIENCES SOCIALES
INTERSTICE
Débat suivi de Laurence Pérez – Chorégraphe, danseuse, avec Valérie Masset – danseuse : S’approprier l’espace autour des formes et des volumes, de la lumière et de l’ombre, comme plein et délié… Un autre regard sur l’écriture d’un espace, rendu instable par les mouvements du corps.
2- LES FORMES DE L’ESPACE : INTERSTITIELLES, INTERMÉDIAIRES, PUBLIQUES…
- L’ATELIER, UN ESPACE DE RENCONTRE
En quoi une pratique artistique est-elle un prétexte à l’ouverture d’espaces de rencontres entre art, social, santé (…) ? ANTOINE QUENET-RENAUD, ARTISTE INTERVENANT, ASSOCIATION ALADESH, COORDINATEUR DU RESEAU RECHERCHE-ACTION PAYS DE LA LOIRE
- PARKOUR : L’ART DE SUBVERTIR LE RAPPORT À L’ESPACE PUBLIC
L’espace public est certainement le lieu le plus politique qu’il soit. Pratiquer le Parkour apparaît dès lors comme un acte politique, puisqu’il investit la rue. NAÏM BORNAZ, INTERVENANT ARTISTIQUE À MARTIGUES, PRATIQUANT DU "PARKOUR"
- CHAPITEAU ET FRANGE URBAINE
La place particulière d’une toile de chapiteau, par essence mobile, éphémère, insolite et intrusive instaure un rapport particulier avec le territoire, comme une opportunité de renouveler les liens entre quartier, art et culture. SIMON OLIVEAU, AGENCE LE TROISIÈME PÔLE, CHARGÉ DE MISSION SUR LE CIRQUE BINET (PARIS 18EME)
- LA CONSTRUCTION D’ESPACES NON UTILITAIRES, VERS DES ESPACES OUVERTS ACCUEILLANT LE MOUVEMENT
Les lieux estampillés, labellisés, dédiés ne deviennent-ils pas fermés et figés ? Même s’ils se revendiquent de l’"alternatif", finalement ils font fuir les pratiques en mouvement qu’ils sont sensés servir. Quelques expériences illustrent la tentative de sortir de l’utilitarisme du lieu, pour créer des espaces ouverts accueillant le mouvement. NICOLAS GUERRIER, VIVIEN GALINON, MUSICIENS, PRATIQUES ALTERNATIVES ET ACTEURS-CHERCHEURS À TULLE
INTERSTICE
Débat, suivi de "THE NY-HILL STILLNESS", set Hardcore Accoustique à la guitare folk et Smoov, MC de LA CEDILLE.
3- LES ESPACES UTOPIQUES : QUAND LA PAROLE ET L’ART RÉINVENTENT L’ESPACE
- LES CONTRES-ESPACES : UTOPIE RÉELLE EN DEHORS DES YEUX
Il y a des lieux réels, des lieux effectifs, et qui sont des sortes de contre-emplacements, sortes d’utopies effectivement réalisées, des sortes de lieux qui sont hors de tous les lieux. MICHEL FOUCAULT (ENREGISTREMENT SONORE)
- L’ESPACE EST CELUI QUE L’ON SE CONSTRUIT À PARTIR DE L’EXPÉRIENCE
La « préhension » de mon espace physique va influencer mon « appréhension » de l’espace environnant. Cette conscience participe-t-elle du passage du point de vue à la vision et de l’interprétation de mon ressenti ? GHISLAINE LENOIR - METTEUR EN SCÈNE, COMÉDIENNE, FORMATRICE, PRATICIENNE DE LA « MÉTHODE FELDENKRAIS ».
- MONTMARTRE : UN FAUX BOURG ?
Où la notion de patrimoine bâti, de sa préservation, de son invention, de sa réalité et de sa fiction, du vieux, de l’ancien, du récent et du nouveau, du vrai et du faux, de l’authentique… ALEXIS MARKOVICS – HISTORIEN DE L’ARCHITECTURE ET DES FORMES URBAINES, CHARGÉ DE MISSION AU DÉPARTEMENT HISTOIRE DE L’ARCHITECTURE ET ARCHÉOLOGIE DE PARIS.
INTERSTICE
Débat, suivi d’un bœuf musical.order isordil online in additional a that
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05/07/07 - Goutte d’Or
Atelier de recherche-action Goutte d’Or du 05/07/07
Participants : Jacques Guenard (Afor, association de locataires), Claire Le Foll (habitante), Fabienne Cossin (Salle St Bruno), Julie Jacquier (Bibliothèque Goutte d’Or), Juliette Roméas (association Sierra maestra), Sylvie Haggaï (Gaby Sourire), Isabelle Esposito (les Semeurs), Gertrude Dodart (Paris Macadam), Stéphane Lavignote (La maison Verte), Fanny Vayssiere (Équipe développement Local), Coup ?K (Kalash), Alexandre Wilczak (Instituteur), Hugues Bazin (chercheur en sciences sociales)
Modalités d’évaluation
Le mot « évaluation » a fait l’objet d’un questionnement au dernier atelier de recherche-action. À la fois le mot était questionné et en le questionnant, nous faisions de l’évaluation. En cela, tout peut être évalué mais toute évaluation n’est pas pertinente, tout dépend de la cohérence de la démarche qui la porte. si la démarche est cohérente on peut l’évaluer, s’il n’y a pas de cohérence on peut faire tous les bilans possibles, ça ne produira pas de nouvelles connaissances. Car l’intérêt de toute évaluation, c’est de produire de nouvelles connaissances profitables à tous.
- Par qui on est évalué, sur quelle base elle est faite cette évaluation, ce n’est pas le mot évaluation, c’est dans quel contexte et pour quelle raison l’évaluation est faite.
L’intérêt d’un atelier de recherche-action, est de croiser les critères de jugement ou d’évaluation entre artistes, travailleurs sociaux, opérateurs culturels, institutions, etc. Une catégorie d’acteurs ne peut détenir seule tous les critères. C’est une forme pertinente pour aborder une réalité complexe, de croiser les points de vue et les critères. Chacun a un point de vue en fonction de sa culture, ses compétences, ses qualités et ses formes, son regard d’intervention. C’est important qu’il y ait des regards spécifiques différents de là où l’on est entre les dimensions culturelles, artistiques, sociales, territoriales.
Nous nous proposons d’appliquer ce principe pour la fête de la Goutte d’Or qui vient de se dérouler.
fête de la Goutte d’Or et représentations sociales
- Du point de vue de la participation des habitants, accueil des bénévoles, on a eu des gens motivés. J’ai enregistré cent quatre-vingt-une fiches de bénévoles et la moitié sont des habitants du quartier qui ne font pas partie d’une structure associative. Cela comprend des habitants de tous types : des enfants de 12/13 ans jusqu’à des bénévoles de 75 ans. Pour les adolescents, notre problème, c’est de gérer leur volonté de participer. Ils veulent travailler. Il y avait des espaces qui leur étaient réservés notamment autour de l’animation pour les enfants, du point info et nous, il faut que l’on retravaille sur les personnes qui encadrent ces animateurs, qu’ils puissent encadrer des enfants de 13 ans parce que je pense qu’ils ont les compétences mais par contre il faut aussi des gens qui se sentent à l’aise avec des enfants. Leur demande c’est de participer, comme bénévoles pas comme spectateurs mais comme acteurs de la fête. Par rapport à tous les stéréotypes qui peuvent être véhiculés sur la jeunesse dans les quartiers populaires. nous, c’est exactement l’inverse, c’est de gérer la frustration des ados qui ne peuvent pas participer autant qu’ils le souhaiteraient.
La fête est une manière de travailler sur les représentations sociales, elle met en visibilité autrement les ressources humaines et les processus sur le territoire.
Les statuts de la participation
- Nous touchons des gens de tous les milieux sociaux, les ados ne sont pas issus des milieux sociaux favorisés et d’autres sont d’autres milieux sociaux, qui ne sont pas impliqués dans les associations mais qui veulent bien donner un coup de main au moment de la fête parce que ça représente quelque chose pour eux.
- L’échange aussi, des personnes n’habitent pas le même quartier, vers La Chapelle par exemple, mais participe de l’intérieur à l’événement, ils ne sont pas spectateurs et ils vivent un moment comme un voyage, ils ont envie de vivre cela de l’intérieur.
La fête permet d’être acteur et non visiteur, l’événement n’est pas signifié a priori, il prend sens en situation à partir de l’espace qu’il ouvre dans la manière dont les acteurs se l’approprient. Les bénévoles portaient un maillot et un badge, cette visibilité de l’engagement procurait un statut.
Le mot bénévole est un terme générique qui recouvre des réalités bien différentes de l’engagement. Il existe aussi d’autres termes suivant les lieux et les circonstances « publics », « usagers ». Le terme « coopérateur » est beaucoup moins usité, pourtant il possède un sens fort.
Nous utilisons dans notre charte le terme de « collaborateur bénévole » et on avait essayé de clarifier les engagements, à quoi s’engagent les organisateurs, à quoi s’engagent les collaborateurs, quelles sont les missions. Structurer le cadre de l’engagement nécessite aussi de les former. Qu’est-ce que c’est être bénévole, qu’est-ce que l’on peut attendre en retour ?
La production d’un événement
Il existe des festivals qui sont devenus des manifestations imposantes avec sur scène des têtes d’affiche et à côté une armée de bénévoles. Construire une scène, une estrade, un podium, c’est-à-dire un espace surélevé au milieu d’un quartier n’est pas chose anodine. Quel est son sens, qu’est-ce que l’on montre ? Cela peut être la restitution d’un travail d’atelier tout au long de l’année avec une exigence de qualité artistique. Même si cette production émane du quartier, tout le quartier ne peut pas monter sur scène avec peut-être la frustration de ne pas être représenté : « c’est notre fête ». Il y a un rapport symbolique entre monter en visibilité sur l’estrade. Se joue ici la frontière entre un festival et une fête de quartier.
- Un point fort a été mis sur la restitution d’un travail avec les écoles, le travail de restitution d’associations que ce soit enfants ou adultes. L’organisation et le cadre de ces restitutions ont été un lieu culturel le Lavoir Moderne Parisien. Cela offrait des bonnes conditions pour l’éclairage, l’accueil du public. L’exigence que l’on peut avoir sur une programmation des grosses soirées sur scène, on peut exactement avoir la même exigence sur une restitution d’atelier.
- Il y avait une mise en valeur réelle du travail qui avait été fait, l’exigence il faut qu’elle soit partout. Quand on présente une scène ouverte le mercredi après-midi, il faut que le cadre technique soit à la hauteur de l’événement, aussi bon que le soir du concert. On crée un équilibre entre des restitutions, des ateliers et on crée une cohérence en tout cas dans la présentation de la fête.
- Sur l’équilibre fête de quartier, festival c’était de même qualité de sonorisation, d’éclairage et aussi dans l’équilibre des programmations/ Avec la restitution des ateliers qui se sont faits dans les écoles, je pense que la densité de programmation issue du quartier était plus dense que la programmation extérieure au quartier.
Partenariat et PROGRAMMATION
- Cette année dans la programmation on a avancé sur les équilibres entre quartiers. Par contre, des choses étaient plus ou moins imposées et mal gérées dans les différents partenariats. Qui programme quoi, qui décide, à quel moment on s’arrête.
- Il y a des questions sur le partenariat, quel type de partenariat, qu’est-ce qu’on programme, qui décide. Il y a différents lieux sur les partenariats qui se sont développés avec qui on a eu des difficultés.
- Il suffit de rajouter dans une programmation des choses imposées, très rapidement on déséquilibre une programmation et cette programmation elle n’est plus cohérente.
- Il y a eu un groupe de programmation qui était constitué de dix personnes, ouvert aux habitants, qui était assez représentatif, qui a bien fonctionné cette année. Ce n’est pas que des professionnels de la profession du spectacle. des personnes travaillent dans une association ou des habitants du quartier. Cela permet d’avoir une vue globale sur la programmation, elle raconte quelque chose.
Espaces de réception esthétique
- Il y avait des points forts sur la grande scène mais aussi des moments aussi forts dans d’autres endroits dans le square Léon avec la fanfare Cassos ou avec les échassiers de Paris Macadam. Il y avait à la fois un équilibre avec un moment d’intimité plus intime et convivial, on a fait des choses de qualité et puis d’un autre côté des choses qui concernent plus de monde parce que c’est sur la grande scène et que ça rassemble plus de monde et j’ai trouvé ça très très bien.
- Quand on accueille le public au LMP, il y a une billetterie même si le spectacle est gratuit. les gens viennent voir un spectacle, ils passent à l’accueil, il y a un rituel qui doit se faire. Cela participe aussi à la qualité de la prestation.
- Programmer un spectacle que l’on n’a jamais vu, ce n’est pas parce que ça parle d’un sujet qui normalement devrait intéresser le quartier qu’on devrait le programmer. Ce n’est pas parce que c’est un conte qui parle de je ne sais quel pays d’Orient que forcément ça intéresse à la Goutte d’Or.
- . On allait voir des spectacles ensemble, il n’y avait pas deux groupes dissociés, il y avait des jonctions. L’idée c’était de mettre en avant la compétence des jeunes du quartier en termes de programmation, par exemple qu’ils programment la première partie du samedi ou la seconde. Il y a eu des échanges sur les groupes que nous souhaitions programmer, le vendredi soir qui était du milieu rap plus en fusion, l’année prochaine on va continuer ces échanges.
- La question du public elle n’est pas liée à la fête de la Goutte d’Or, elle est liée à toutes les salles de spectacles et tous ceux qui font de la programmation rêvent de mixer un public sur une programmation.
- Des fois on y arrive, Amadou et Marianne c’est une programmation qui a réellement rassemblé.
On peut constater que la programmation crée des espaces esthétiques. Ainsi le public sensible à une soirée hip-hop ne viendra pas obligatoirement à une soirée « musiques du monde ». De même le lieu de diffusion à son importance, comme pour le slam qui s’est déroulé en bas des marches de la bibliothèque Se joue donc un rapport entre le sensible et l’intelligible, l’identification à un univers de reconnaissance.
La question pour la scène comme des spectacles de restitutions d’ateliers est de savoir si on peut proposer des thématiques transversales qui relient ces sphères esthétiques et signifieraient un développement culturel propre au quartier.
Il y a d’un côté la manière dont on présente en termes de communication plus que la programmation, mais l’engagement et la démarche qui derrière mobilisent les bénévoles et dont une thématique serait représentative. De l’autre côté les formes de réception, le fait que cela se déroule dans un lieu, une scène sur une place publique ou dans la rue. Ces deux points sont deux facettes d’un même processus.
Direction ? (artistique, de projet)
- À la fête de la Goutte d’Or, ça n’a jamais été défini que l’on puisse décliner une programmation sur un seul thème. Cette année on était bien parti sur l’idée mais un moment donné il y a toujours des gens dans un groupe qui ne sont pas d’accord.
- Même s’il y a un coordonnateur, même s’il y a une direction artistique qui dit par exemple cette année ça va être la citoyenneté, si ce n’est pas repris
- On aurait pu trouver un thème et se mettre d’accord, mais peut-être qu’il y a une habitude dans cette fête où les anciens qui participent à cette réflexion ne sont pas encore acquis à ce fait.
- Même s’il y a une direction artistique, ça demande un travail à la base. comment les associations organisent cette fête, comment elles intègrent dans leurs projets sur l’année, la fête. Sino c’sont une surcharge de travail et personne n’a envie de faire la fête. Par contre, ceux qui ont intégré la fête à leurs actions sur leur quartier, sont contents.
- On ne peut pas dire à une association, tu dois intégrer la fête.
La fête ne peut pas être évidemment une injonction, mais est-ce déjà un projet en soi ? On parlera de direction artistique d’un projet pour un festival, mais pour une fête ?
- Le projet de la fête c’est un projet général, tous les gens qui bossent sur le quartier sont concernés par la fête de la Goutte d’Or et c’est le prolongement du travail de tout le monde, les associations, l’EDL, c’est ça la fête de la Goutte d’Or, on bosse tous sur le quartier, tous pour les habitants, pour moi ça va de soi-même si on n’est pas en contact direct avec le public, pour moi c’est un événement majeur dans le travail que l’on a tous dans notre quotidien, la bibliothèque.
S’approprier l’espace de la fête, la place des associations et des habitants
- C’est un peu rapide de dire que tous les habitants, toutes les associations devraient naturellement se reconnaître dans la fête de la Goutte d’Or. c’est peut-être vrai pour un certain nombre d’associations, celles qui sont ici, celles qui trouvent l’espace d’expression de leur activité de toute l’année, mais pour des associations comme la mienne avec cet objectif très particulier, qui est d’aider les habitants du quartier à trouver un logement social, qui est extrêmement important qui concerne énormément d’habitants du quartier, ce n’est pas naturel. Un moment donné quand on a été sollicité on s’est dit est-ce qu’on va squatter la fête et venir avec tous nos membres et des pancartes, cela aurait été un détournement.
Les partenaires dépensent beaucoup d’énergie en réunions pour préparer la fête sachant que le principe de la fête, c’est aussi permettre l’appropriation d’un espace. On peut tout organiser, tout planifier, finalement, c’est ce qui se passe en situation qui est important. C’est bien de se réunir sur les problèmes techniques pour qu’il y ait une exigence de qualité, pour assurer un bon déroulement mais comment créer les conditions d’une appropriation collective, d’une circulation des publics. Cela peut être sous forme ludique, le jeu est une manière de réunir les jeunes comme les moins jeunes, cela peut être sous une autre forme. L’idée n’est pas de remplir l’espace avec un contenu, mais créer les conditions pour que ce contenu émerge des espaces que l’on propose. C’est une autre manière de réfléchir, d’agir, réfléchir non pas en termes de projet d’activité mais en termes d’espaces. Finalement, cela demande plus de travail que d’organiser un contenu, créer ainsi les conditions d’un possible qui n’est pas prévisible, d’un processus sans finalité.
- La scène ouverte c’est à peu près ça
- La fête a un impact sur le quartier, sur la qualité de vie.
- Il y a des revendications qui peuvent mieux passer dans une fête que dans le travail quotidien.
- Ça devrait être l’expression du quartier, c’est un moment très important de la vie du quartier. Ce ne sont pas les habitants qui décident, il faut se demander que représentent les associations par rapport à la population de ce quartier, moi je représente dans certains cas mes adhérents et c’est tout.
- Dans certains festivals ou certaines fêtes il y a des villages associatifs, des prises de parole pendant les concerts. Est-ce que cela s’est fait à la fête de la Goutte d’Or ?
- L’année dernière ça s’est fait autour d’une intervention militante autour des sans-papiers, il y a eu une soirée consacrée à ça parce que c’était les dix ans de l’église Saint Bernard.
- Beaucoup se sentent davantage obligés de participer à cette fête, plutôt qu’animé par une envie, un désir. Cette fête, c’est la vitrine de ce qui est subventionné par le secteur public dans la politique de la ville, certains se sentent un peu obligés mais ce n’est pas dans leur démarche.
- Je trouve que ce serait bien de pouvoir ouvrir un village associatif en dehors du point accueil, d’échanges, un lieu où l’on puisse voir ce que font les associations dans le quartier où l’on puisse avoir des petites actions préventives, accompagnement des gens pendant la fête.
- Si tous les soirs mes adhérents étaient avec leurs pancartes expliquant leurs conditions de logement, je pense que les organisateurs auraient senti un détournement
- Il peut y avoir un espace d’expression
- La fête, c’est une coordination inter associative qui doit pouvoir intégrer tous les sujets évoqués pas uniquement dans le cadre de la fête de la fête.
- Dans la préparation sont apparus des thèmes comme la citoyenneté. Cela aurait été possible de possible de faire une intervention par rapport au logement sur la grande scène pour interpeller le public sur tel ou tel sujet. Comme on l’a vu avec les intermittents, les sujets sont larges, celui des sans-papiers a été traité.
- Je propose en dehors des interventions ponctuelles de créer un vrai espace.
Les niveaux de partenariat
Il y a plusieurs niveaux d’attente et d’engagement :
1- Il y a un besoin pour les associations de pouvoir travailler ensemble et de manière cohérente. Cela correspond à une attente réelle de pouvoir sortir des cloisonnements entre le social, la militance, l’artistique, le socioculturel, etc. dans ce cas-là la fête n’est que le support. Cela pourrait s’exprimer sous la forme d’un village associatif. L’intérêt est de mettre en visibilité ce travail associatif de décloisonnement, où se partagent certaines valeurs, une même démarche au-delà des secteurs d’activité. Il y a la demande des partenaires associatifs de se retrouver sur un projet sur le territoire, une cohérence que l’on a envie de défendre.
2- Il y a aussi la possibilité pour tous les acteurs au sens large du terme (comme conscience de poser des actes en société susceptible de provoquer une transformation) , un habitant est aussi un acteur, de s’approprier cet espace collectif. Lorsque des habitants participent cela change la teneur des réunions, vers une autre logique, un autre regard sur la fête avec d’autres enjeux transversaux plus uniquement en termes professionnels ou associatifs. Il ne s’agit plus d’être en représentation d’une structure ou d’un secteur, mais être là en tant qu’individus, ce qui permet de s’attachement à une démarche portée en soi et une dimension créative en réponse à la réalité sociale. Il ne s’agit pas d’entrer dans un groupe pour adhérer à un projet mais renverser la proposition : partir de cette démarche individuelle et collective où peuvent se croiser des compétences, des regards différents sur le quartier.
Cultures populaires
- Il faut essayer de recréer les composantes d’une fête. Une fête, qu’est-ce qui nous manque ?
Qu’est-ce qu’on entend par culture populaire. Il y a la tradition comme celle du carnaval, il y a des groupes dans les quartiers qui se forment. On peut être simple habitant et participer à la fête et participer à un groupe. La fête renverse les frontières, bouleverse les représentations dominés/dominants, public/privé, individu/collectif. C’est ainsi que dans toute forme traditionnelle peut exister une émergence qui réactualise la tradition. Aujourd’hui c’est assez compliqué de trouver des fêtes « sauvages », comme les free party de la culture techno, de s’approprier un lieu et de faire la fête. Cependant, il reste toujours possible de créer des situations et de créer en situation des choses qu’on ne peut pas imaginer à l’avance.
Le carnaval est un renversement donc transgressif mais inscrit dans des codes qui font que c’était toléré. Aujourd’hui toute forme de transgression devient inacceptable sans les codes pour la ritualiser, cela se conclut tout de suite en violence.
Espaces publics
- Je rêve d’un espace de rien
C’est une manière de définir l’espace public, justement par un espace qui n’est pas défini à l’avance et que l’on va occuper. le problème est que l’espace public il est de plus en plus fonctionnalisé, chaque espace a son attribution. Cela rejoint la question du logement quand est mis un grillage autour des immeubles, c’est une privatisation des espaces publics des résidentiels. La fermeture de tous les passages pour des questions de sécurité réduit la circulation à la voie routière. Par un mouvement inverse cette fermeture de l’espace public pousse à occuper les espaces privés de manière publique. Comme les jeunes qui squattent le palier toute la nuit, qui fument, qui dorment là.
- Il y en a qui veulent fermer le square Léon, il y en a qui veulent l’ouvrir, c’est un espace sur le quartier qui est ouvert la nuit.
- Ca fait vingt ans qu’il y a cette histoire, au départ il était ouvert, ensuite à grands frais on a mis une clôture, ensuite la porte a été enfoncée, donc elle a été mise sur le côté, ces derniers temps la ville est intervenue, elle a soudé la porte en position ouverte, après il y a eu le nouveau square Léon ouvert et maintenant on parle de le fermer.
- Le petit square Saint-Bernard, je l’ai connu sans grilles, à 3h du matin on allait faire de la pétanque, c’était génial d’avoir cet espace-là ouvert la nuit.
- Là il n’y a plus d’espace, il n’y a plus de squat.
- Est-ce une question d’espace ou une question de disponibilité individuelle. C’est le cas du café, on sort de ces contraintes d’activité, on se pose et ça devient un espace libre. Les espaces publics on a beau leur attribuer une fonction, on sait bien que l’attribution de la fonction n’empêche pas le détournement. Les espaces et la détermination des espaces ne déterminent pas complètement leur usage. Un café ça peut être un lieu de suractivité et de vide.
- Le café est devenu de plus en plus un lieu où l’on consomme. la consommation dépend du temps, après tu es éjecté, le temps devient du temps argent.
Évaluer des espaces relais
On peut très bien négocier un espace qui peut être un lieu de diffusion de proximité, un lieu de rencontre, repéré sur le territoire mais ouvert et qui n’est pas défini à l’avance. Ca peut être un espace relais dans la bibliothèque, ça peut être un espace relais dans un autre lieu. Ca peut être un lieu qui est défini par ailleurs mais dans ce lieu-là il y a un espace qui est ouvert et où la fonction n’est pas obligatoirement définie à l’avance, où les gens peuvent se retrouver, les jeunes comme les moins jeunes,. Ce serait intéressant aussi d’inviter les lieux culturels à cette réflexion et leur poser des questions en termes d’espace, à accueillir ce type d’espaces alternatifs qui n’est pas dans une programmation, un plan de communication.
- Les lieux sont dans l’évaluation financière, de rentabilité, d’équilibre d’activité, il n’y a pas de « libre activité », elle est très déterminée et qui peut y échapper sauf à semer des illusions.
- L’évaluation institutionnelle donc économique touche des choses bien réelles qui sont liées à l’existence même des associations qui en vivent partiellement et totalement.
Cela peut être un objectif de ce groupe de poser d’autres critères d’évaluation en disant qu’un lieu ne se résume pas à sa programmation par exemple, toujours de justifier l’utilité du lieu alors que l’on peut réfléchir aussi en termes d’espace, défendre des formes alternatives qui n’rentrent pas dans les grilles institutionnelles, soutenir d’espaces vides », ce n’est pas du vent.
- Par exemple, laisser des murs blancs dans un lieu d’exposition comme le Cargo 21, crée une vraie demande, ça permet de réfléchir, faisons table rase. Mais c’est une proposition qui est difficile d’accepter le « vide ».
- Le Studio des Ilettes avait une certaine place, il y avait une histoire, c’était rue des îlettes, il y a eu de très belles choses. Et puis il est mort et la musique s’est arrêtée. Il y a des gens qui ont réagi mais peut-être pas assez.
Nouveaux lieux et préfiguration
La question des espaces relais se pose aussi pour les nouveaux lieux comme Centre musical Fleury en dehors des activités programmées, studio d’enregistrement, de répétition, diffusion de spectacles, lieu ressources Musiques Actuelles, hall d’expositions, etc. Quels espaces ouverts de redéfinition ?
- Comme le « 104 », il y avait le centre de préfiguration pour réfléchir aux projets. Il y a un projet que l’on connaît dans les grandes lignes et à l’intérieur de ça il y a des choses qui se font au nom du 104, il y a une programmation, des lectures, des résidences d’artistes la machine est mise en œuvre, on fait des réunions.
- L’institut des cultures musulmanes est prévu pour 2011, on monte un centre de préfiguration pour voir, tester, ce que ce projet a comme impact sur le quartier, un vrai test à hauteur humaine.
- Le centre a des objectifs généraux, après sur le contenu en termes d’action se réfléchit et se construit.
- C’est discutable dans les deux sens, ils n’ont pas tord de tester, de rencontrer les habitants sur ce qui va se passer, ils essaient certaines choses, il y a une personne qui est en charge de rencontrer les habitants, de permettre au plus grand nombre d’être plus motivé, de s’approprier les petits espaces qui leur seront attribués donc ce n’est pas verrouillé. Ce sont des projets voulus par les habitants mais en même temps plaqués, donc s’ils ne faisaient pas ça, ça ne passerait jamais.
- Fleury ça fait des années que l’on en parle, le 104 c’est la même chose, derrière il y avait les habitants, si on prend les jardins d’Éole, c’est la même chose à chaque fois il y avait les habitants, après c’est verrouillé mais il y aura certainement des choses très bien.
- Ils ont des contraintes, un cahier des charges, mais ils se demandent quand même comment ça va se passer et ils restent prêts à ouvrir les portes qui ne sont pas encore ouvertes, il y a beaucoup d’enjeux financiers à chaque fois et politiques.
- Il faut bien mesurer quelle est la marge de manœuvre et quelle est la vraie place qui est laissée aux habitants et aux associations parce que le centre de préfiguration c’est quand même aussi un moment de discussion, on discute du projet et après on se rend compte que sur certains points ça vient de tout en haut de la ville de Paris. Par exemple, l’on nous dit que dans le centre de documentation de l’Institut de Culture Musulmane il y aura un centre documentaire spécialisé sur le quartier qui est déjà gèré au niveau associatif et sera repris par l’ICM.
- Pour donner un ancrage sur le quartier, on pique une chose qui a un certain intérêt, il ne faut pas non plus être dupes de la configuration.
- C’est vrai que quand un nouvel espace arrive, le nouveau fait peur aux anciens, une crainte qui n’est pas du tout injustifiée c’est que quand un espace arrive, il prend la place d’un autre. Fleury et la fête de quartier de la Goutte d’Or, l’année dernière, les discussions c’était « Fleury va être là qu’est-ce qui va arriver à la fête de quartier ? ».
- Par rapport à un objectif public si on réfléchit dans le sens de l’intérêt général, n’est-ce pas un moyen technique mis au service du quartier ?
- Quand on parle d’espace de rien, de spontanéité, de laisser émerger des choses, où il y a l’espace de ça ? Il y a des ateliers d’artistes qui sont hyperformatés. C’est quoi la relation de créer, la position de l’artiste, on ne peut pas jouer dans la rue, on ne peut pas jouer après dix heures et demie à l’extérieur, où va-t-on ?
Culture verticale et culture horizontale
Il existe une conception verticale de la culture qui passe par les lieux institués, consacrés, dédiés, indépendamment de l’intérêt de ce que font ces lieux. puis il existe une définition transversale de la culture, un « travail de la culture » qui émerge en situation qui peut rencontrer des exigences artistiques, l’un n’empêche pas l’autre mais qui ne passe pas obligatoirement par des lieux. Les espaces de type recherche-action appartiennent à cette façon transversale d’aborder le territoire, qui devrait être complémentaire d’une culture institutionnelle, professionnelle plutôt verticale.
Il y a bien deux formes pour appréhender ce travail de la culture sur le territoire, l’intérêt de l’espace ouvert par des ateliers de recherche-action est de porter le débat politique au sens large du terme, c’est de dire quel travail de la culture conduit à une autre vision d’un développement territorial.
- La culture, avant d’être de la culture il faut qu’elle se crée et on n’a pas d’espace de création, peut-être que des espaces précaires comme le Cargo ou autres sont des lieux nécessaires pour créer et ça les politiques l’ont oublié. Quand les portes sont ouvertes pour la création, c’est pour une création déjà institutionnalisée, Je pense aux scènes nationales. Il y aura très très peu d’artistes au 104. pourtant c’est gigantesque, j’ai fait un rapport entre les espaces affectés à la création et l’espace général, c’est à peine 20%. Le reste c’est congrès, forum, un peu de commerce, tourisme.
- Quand tu parles d’espaces vides propices à la création, les lieux institutionnels n’ont pas les moyens parce que c’est un projet ville de Paris, l’état ne soutient pas.
- Il y a eu une époque où il y avait des squats à Paris où il se passait des choses. Il y a maintenant beaucoup de lieux qui présentent une image alternative, des lieux intermédiaires, des friches alors que ça été repris par l’institution.
- Des lieux, par exemple le Point Éphémère, ressemblent à un grand squat, avec des jeunes, des concerts, alors que c’est institutionnalisé. j’ai connu l’Usine Éphémère, on connaît l’histoire, il y a une génération qui n’est pas dupe de ce qui s’est passé à Paris à un certain moment et quand on voit certains lieux culturels qui affichent une image très décontractée c’est du marketing, du business culturel et même « l’alternatif » c’est devenu un business.
- Le Point Éphémère a un contrat avec la ville qui lui passe le lieu pendant cinq ans, c’est surtout un lieu de concerts qui rapportent de l’argent, il y a des résidences, y a une toute petite salle de danse qui va faire ça, il y a des ateliers qui ont lieu.
- C’est une histoire de reconnaissance, le politique, la culture c’est ses lettres de noblesse, il a besoin de la culture pour se reconnaître.
- Les lieux sont réappropriés par les politiques parce que ce sont des vitrines.
Forum public
- Les choix auraient pu être autres, avoir une vraie réflexion sur la place de l’artiste sur le territoire, s’il y a une vraie réflexion ça a une incidence.
- Le politique a mis l’artiste à l’écart, sans doute parce que l’artiste a une place trop visionnaire dans la société alors que s’il s’occupe de l’associatif, s’il s’occupe de la diffusion auprès d’un public qui est déjà cultivé qui va voter pour lui, c’est plus efficace, il y a un retour pour eux.
- Rien n’empêche de porter un questionnement, une problématique sur la place publique, provoquer des forums. Mettre en visibilité cet autre enjeu de la culture, qui n’est pas l’instrumentalisation de la culture pour valoriser le territoire mais ce qui émerge du territoire et qui permet aux gens de se construire, ce débat peut être porté publiquement et investir les lieux de la culture pour le porter.
- Les artistes se mettent eux-mêmes à l’écart parce qu’on n’a pas du tout envie de se mettre dans ce cadre-là et la culture alternative n’existe plus parce que la transgression n’est plus à la mode. On n’attend plus rien des politiques, nous donner ce lieu-là, les lieux il va falloir se les approprier. À Paris, il y en a encore des squats, il y a encore des choses à faire, maintenant est-ce que l’on ose le faire ?
- Nous sommes dans un système ultra-sécuritaire comme en ce moment, c’est en ce moment qu’il faut être collectivement en résistant culturel, sinon cela ne se fera jamais. mais après ça part des gens, de la capacité à se rassembler.
- On peut faire les états généraux de la culture, ce serait intéressant que les groupes se retrouvent
- Ce que je trouve intéressant dans cette situation c’est qu’en parallèle il y a le projet de territoire qui se fait, qui a été discuté par des gens, sur la partie culturelle, sur cette situation-là il faut absolument qu’on en sorte d’une restitution classique, c’est très important qu’il y ait un débat public.
-
Friches et Tradition d’expérimentation
- Cela me fait penser à ce que l’on a vécu en tant que friche. on était plusieurs acteurs, j’ai essayé de bosser avec eux, en fait ce qui s’est passé ils n’ont pas voulu opposer de résistance, ce qu’ils voulaient c’est d’être logé, donc les neuf dixièmes ont été logés et la résistance était terminée. Il y a des contraintes au quotidien qui font que la résistance ne peut pas s’opposer longtemps, après tu restes, tu attends les flics pour qu’ils t’expulsent, les autres sont partis parce qu’ils ont la chance que tu n’as pas eue parce que tu pensais que ça allait tenir ensemble ou que les autres allaient t’aider.
- Je peux prendre un exemple très récent puisqu’on était à la Halle Pajol. c’était plus qu’une friche c’était un squat, on l’a vécu mais on est quand même dans la Capitale par rapport à un public très riche, il y a de moins en moins d’espaces. on travaillait sur la ville et la banlieue. ce genre de résistance, c’est très usant, quand tu fais un travail artistique tu as besoin d’avoir toute ton énergie. Moi je ne dis pas qu’il ne faut pas résister, je suis très résistante de nature, il faut aussi être en collectif bien sûr, mais il faut admettre que c’est plus facile d’être dans les conditions de créativité quand tu es dans un autre endroit qu’à Paris, dans un quartier qui est extrêmement dépendant des politiques depuis toujours.
Il y a une tradition d’expérimentation qui est populaire, qui n’est pas propre au milieu artistique avec laquelle on peut renouer, l’expérimentation peut être aussi comprise par les institutions comme mode opératoire, tout dépend de ce que l’on met derrière. Nous avons parlé des espaces relais comme manière d’expérimenter un travail collectif différent sur le territoire, on évalue, on suit le travail en même temps, on produit de la connaissance, on invite les gens à débattre autour de cette expérimentation, on est dans le processus, on n’est pas uniquement dans l’affirmation, dans le discours d’intention. C’est une cohérence de développement où l’on peut espérer bouger les frontières, bouger les lignes par rapport à ce rapport aux lieux culturels et une vision verticale de la culture. Créer aussi des espaces de forums publics où ces questions-là soient débattues avec les lieux, les élus, mais en inversant la proposition qui ne vient pas du « haut » mais des espaces collectifs de travail. Cela peut de faire aussi à l’occasion d’évènements, de fêtes, en utilisant les supports déjà existants.
- L’espace relais pourrait être un lieu où il y aurait des résidences artistiques. ce serait avant tout un point de rencontre où il pourrait y avoir de la documentation, en termes de financement, ce serait peut-être moins lourd, en partenariat avec un lieu qui fonctionne déjà sur des concerts.
- Il n’y a pas beaucoup d’autres endroits pour réussir à convaincre le politique
- Il se trouve que ces derniers temps l’implication d’autres collectivités territoriales est très difficile à obtenir en raison de l’opposition politique entre la ville et l’État.
- Mais pourquoi vouloir toujours convaincre le politique ?
- Sur tous les artistes que j’ai pu croiser, les artistes que l’on côtoie sur le quartier, ceux qui pourraient être les plus autonomes sont ceux dans le domaine musical parce qu’on bascule vite dans le secteur marchand, moi j’en ai croisé qui sont relativement autonomes. Mais c’est vrai que pour tout ce qui est art vivant ou art plastique, c’est quand même très difficile de créer sans un soutien public.
Travail en réseau
La question de la mobilité permet d’aborder autrement le rapport au territoire. On peut avoir un ancrage territorial et développer une connexion en réseau avec d’autres espaces et d’autres lieux, dans une logique d’échanges. Par rapport à des réponses économiques aussi, le territoire local n’est pas la seule échelle d’économie, il y a aussi une économie de réseau, une économie de coopération qui peut s’établir. La proche banlieue, travailler sur la frontière du périphérique, il y a des articulations à faire, des problématiques communes, des territoires communs, il y a simplement le périphérique qui sépare avec là aussi toutes les logiques politiques, administratives qui s’opposent. Il faut provoquer les espaces pour travailler ensemble, et ne pas attendre que cela vienne du haut. Cependant, quand un travail de liaison est fait entre Paris et Banlieue, cela semble se faire par le haut, non à partir des espaces populaires et des expérimentations sur le terrain.
- Le lien entre Paris et Banlieue se fait dans des endroits plus bobo comme par exemple l’aménagement du territoire Porte des Lilas avec un équipement culturel.
- En termes de réduction des risques, ça n’a rien à voir avec la culture mais c’est vrai que le problème ne se pose pas de manière territorialisée sur la Goutte d’Or l’usage de la drogue et du crack. On commence à avoir une politique qui travaille sur la notion de territoire.
- Sur cette question du territoire et de la réduction des risques, pour un usager de drogue et de crack, selon le produit, le 18ième, la banlieue, c’est le même territoire, de plus en plus on essaie d’avoir une approche qui dépasse Paris, le 18ième où tu travailles en partenariat avec le 93, sur ces questions-là.
- Une grosse association de 13 salariés d’accueil de drogués, son bail s’arrête l’année prochaine et la mairie de Paris lui a proposé de les installer à la porte de la Chapelle, ils installent les Algeco à côté d’une déchetterie.
- Les habitants du quartier qui protestaient contre les nuisances de la boutique disent ce n’est pas cela que l’on demandait, ils voulaient que tous les lieux ne soient pas concentrés à la Chapelle ou dans les quartiers populaires, ils ne demandaient pas de les renvoyer vers les poubelles.
- Les treize salariés ne pensent pas que c’est une approche territoriale adéquate, ils sont scandalisés, il va se passer des choses, ça ne se passera pas sans bruit.
- Les gens de la Petite Couronne sont prêts à accueillir les Parisiens, autant les Parisiens ne sont pas totalement prêts à accueillir le public de la Petite Couronne. Par exemple j’ai participé à la réflexion sur la friche Pajol. il y a eu différentes réunions avec les conseils de quartier, les structures pour réfléchir et moi j’avais évoqué la musique électro, il se trouve que beaucoup de jeunes de banlieue viennent sur Paris pour écouter de la musique et je m’étais dit l’espace aurait pu à certains moments se prêter, parce qu’il y a la grande halle, pour des grandes raves. Pourtant c’est des lieux intéressants, je suis sûre que les jeunes viendraient, il y a certains espaces qui pouvaient être destinés à ça à certains moments et d’autres à autre chose. tout le monde à hurler, aussi bien les intellos que les associatifs parce que l’idée d’être envahi par tous ces jeunes de banlieue, quelle horreur.
- Même chose au 104 ce n’est pas envisagé, il y a des sens de circulation qui ne sont pas envisagés dans leur approche.
- Il semblerait que dans ce sens-là ce n’est pas facile, autant nous pourrions imaginer qu’on va aller de l’autre côté, mais je ne sais pas comment on va être financé, mais je ne suis pas sûre qu’il y ait une réelle volonté.
Une chose est de réfléchir en termes de lieu, une autre en termes d’espaces. parce que les lieux ont leur propre problématique. Il y a une façon d’aborder les questions en termes de lieu, qui permet de travailler sur cette jonction entre Paris et banlieue, si on reste cloisonné en termes de lieu je pense qu’on n’y arrivera pas. Après, c’est comme la fête, la mobilité, on crée les conditions pour qu’elle soit possible, cela ne peut pas être une adjonction.
Production de connaissance
- Est-ce que l’on a produit de l’intelligence jusqu’à présent ?
- D’une réunion à l’autre, on parle de plein de sujets différents de formes thématiques, il y a plein de choses qu’il serait intéressant de travailler mais peut-être qu’il faudrait maintenant que l’on se concentre sur une thématique.
- Ce n’est pas du tout l’éclatement parce qu’à partir du moment où l’on parle de la culture, du rapport au territoire, de l’artiste, de la ville, des lieux, de la fête de la Goutte d’Or, pour moi il y a derrière une réflexion beaucoup plus large qui est quelle société ! comment on vit, on ne peut pas traiter une thématique.
- Il faudrait peut-être que la recherche soit sur tous les thèmes et que l’action soit sur une action.
- Que le groupe s’autonomise certes. On n’a pas dit on va parler de l’espace mais j’ai vu que ça tourne autour de ça, je n’ai pas assisté aux dernières réunions mais aujourd’hui c’était le thème.
- Tu as deux entrées dans l’histoire, c’est d’une part le territoire et d’autre part la transversalité et la discussion elle ne répond pas à ça, c’est plutôt les relations entre une activité locale et les institutions.
- Je ne suis pas persuadé que l’entrée territoriale répond aux problèmes que l’on discute. Ta réponse à la forme du territoire c’est la transversalité, s’il n’y a pas les lieux, c’est le fil entre les lieux qui va régler les questions. On a besoin d’un minimum de formalisation, d’un minimum de matière, d’un minimum de budget pour faire mieux les choses et que le réseau et le matériel c’est une notion qui s’étiole parce que les vrais réseaux se sont des puissances financières gigantesques et des configurations matérielles gigantesques et au-delà le discours sur l’immatérialité des réseaux c’est de l’idéologie.
Ce qui n’est pas une idéologie dans le travail de recherche-action c’est qu’on est relié à un processus de travail, ce n’est pas un café philosophique. Cela peut partir de choses concrètes comme la fête de quartier, chacun apporte ses matériaux dans la discussion. mais ce qui est intéressant, c’est réinjecter ces matériaux-là ils sont pour expérimenter des choses et le restituer ensuite dans le groupe. il y a un aller et retour entre le groupe et ce que l’on fait chacun dans nos projets. Cela peut être des projets individuels, collectifs, cela peut intéresser d’autres personnes qui ne se connaissaient pas au départ et qui se reconnaissent dans nous proposition comme celle « d’espace relais ». C’était une idée qui n’était pas émergée et qui émerge dans le collectif ou ça peut être ce que chacun fait habituellement. La pratique d’atelier peut être aussi une expérimentation, ce n’est pas parce que ce n’est pas innovateur que ce n’est pas producteur de connaissance. Lier processus et connaissance c’est un dispositif qui n’existe pas ailleurs, la connaissance est en général séparée du processus. La transversalité répond à un besoin souvent exprimé dans les groupes d’acteurs.
03/07/07 - Porte Montmartre - Clignancourt - Moscova
Atelier de recherche-action du 03/07/07 « Porte Montmartre-Clignancourt-Moscova»
Participants à la réunion
Véronique Arnould (animatrice du centre social Bélliard), Suzanne Malandin (conseil de quartier de la Moscova - Porte Montmartre, Porte de Clignancourt), Philippe Monréno (association « les jardins du ruisseau »), Martine Pascual (Petit Ney), Denis (bénévole association « les jardins du ruisseau »), Karima (usagère bénévole, habitante du quartier), Mercros ( bénévole, usagère du centre social,. référente « culture du cœur ») , Sophie Vinel, espace social CAF), Marie- (Habitante du 18ième, bénévole, usagère du centre social), Foullen (stagiaire animation), Hugues Bazin (chercheur en sciences sociales)
Méthodologie de projet et réflexion sur la pratique
- Nous prenons le temps de s’interroger sur le pourquoi, nous sommes souvent dans l’action et nous n’avons pas le temps de réfléchir à ce qu’elle implique, pourquoi nous le faisons, qu’est ce que nous avions à en tirer.
Il existe un terme « praxis » pour définir cette relation entre la nécessité d’optimiser l’action et la nécessité de prendre du recul par rapport à l’action. Nous ne sommes donc pas uniquement dans la « pratique ». La praxis est plus que la pratique. C’est un rapport entre réflexion et pratiques, donc une approche systémique. Ce qui est une manière de définir l’atelier de recherche-action .
- Il y a plusieurs fêtes qui se font au mois de juin sur le quartier, et nous invitons tous les partenaires concernés. Il y a eu à peu près 35 réunions pour préparer toutes les fêtes de quartier. il y a beaucoup de temps de rencontre et un moment les partenaires ne peuvent pas se saisir de tout.
- Il y avait un outil à saisir qui était de donner une forme générale. Cela nous donnerait une ligne conductrice pour nos projets futurs et le montage de nos dossiers. Comment se relie un projet de quartier de façon globale ?
Logique de partenariat et prise en compte des individus
La question se pose sur la capacité à travailler sur une complexité, c’est-à-dire de travailler sur l’ensemble des dimensions constituées par un individu et les situations sociales dans lesquelles il est impliqué.
- On se questionne beaucoup sur le statut de l’usager, du bénévole parce qu’on ne veut pas retirer aux personnes leur identité et ce n’est pas la même chose que d’être un usager qui s’investit et un bénévole.
- Le partenariat permet de prendre en compte l’individu dans sa totalité, ce que ne peut faire une seule structure. Il facilite également le croisement des publics qui fréquentent les structures comme à l’occasion des fêtes de quartier, ce mélange ne se fait pas forcément facilement.
Un espace collectif
Au-delà d’une logique partenariale classique, il serait intéressant de développer des espaces collectifs, transversaux aux structures de quartier ne réunissant pas seulement les responsables ou les professionnels mais aussi les usagers et les publics de ces structures.
- On est responsable de notre attitude, on a tendance à rester les uns avec les autres parce qu’on se connaît, parce qu’on se sent bien ensemble mais pas forcément se mélanger avec les autres structures. Les responsables des autres structures devraient se réunir avec les personnes qui font partie de leur structure dans un lieu commun où toutes les associations seraient réunies avec les adhérents pour que tout le monde puisse faire connaissance se croiser, échanger des idées, s’entraider…
Cet espace collectif doit permettre une qualité d’écoute, tout le monde n’a pas toujours une facilité dans la communication, et d’aller facilement au-devant des autres.
L’espace de la fête
L’aspect événementiel comme la fête offre un moment privilégié, sachant que la préparation est importante.
- La fête de quartier sur la Porte-Montmartre a réuni trois types de partenaires : le centre social, les amicales des locataires, le petit Ney. Le mieux c’est de faire ensemble, quand on prépare on apprend à se connaître et le courant ne passe pas toujours aussi bien avec certaines personnes.
Durant la fête de quartier les animations n’étaient pas juxtaposées avec des stands ou des activités séparées. Chaque partenaire semble avoir pu trouver sa place selon des activités transversales.
ainsi que le podium et l’animation avec les enfants.
- La question s’est posée quant à l’accueil des mamans avec des enfants en bas âge. « Cet espace maternel, nous avons des enfants en bas âge, mes petits enfants ont plus passé le temps où dans les structures de Binet ou au petit Ney, elles ne se sont pas vraiment amusées parce que maman était occupée à préparer la fête. »
- Il y a la prise en charge des enfants pendant les préparatifs des repas, on a commencé à y réfléchir.
Scène de spectacle et/ou scène du quartier ?
- Quand il y a eu les activités sur podium durant la fête, les enfants voulaient participer au spectacle, j’en ai une de six ans qui m’a dit Maman vite on va à la maison chercher le chapeau je veux monter sur le podium, j’ai dit non, je ne savais pas comment ».
- Un moment donné les usagères, les habitantes qui sont adhérentes du centre social, qui sont à nos côtés pour la mise en place des projets fait ce retour il n’y avait pas d’activités ou d’habitants du centre social représentés sur la scène et sur la scène il y avait deux partenaires, pas trois ».
- C’est plutôt le travail d’ateliers mené pendant l’année qui est mis sur scène. C’était un travail amateur mais abouti qui avait envie d’être présenté.
- Le temps des partenaires n’est pas le même que celui des habitants, les partenaires réfléchissent, anticipent en septembre pour juin. Mais des enfants, des habitants, ne se mobilisent pas forcément un an à l’avance. Il faut garder un temps pour les habitants sur cette scène, les habitants qui prennent les initiatives par eux-mêmes, qui ne sont pas forcément dans un cadre institutionnalisé associatif. »
- Je veux bien faire quelque chose pour mon quartier mais pas au détriment de mes enfants. »
Quel est le statut de cette scène : « amateur », « professionnelle » ? Qui l’organise et comment ? Si elle représente un enjeu, c’est peut-être parce que c’est un moment de visibilité, d’identité sociale et culturelle pour les personnes et le quartier, de valorisation et d’évaluation d’un travail accompli.
- Les habitants devraient être conviés à l’organisation de la scène, comme on s’est réuni par rapport à la cuisine, ça permettrait d’avoir un relais d’informations après et peut-être une autre vision de ce qui pourrait se passer sur cette scène..
- Moi les retours que j’en ai c’est qu’il y avait ce côté fête de village, il y avait plein d’idées, c’était assez riche.
Quartiers et ’espace public
- Le quartier tel qu’il a été défini correspond exactement à la porte Montmartre, porte de Clignancourt et Moscova, aujourd’hui nous sommes à la Moscova. C’est important parce qu’il s’agit de relier ces quartiers d’autant qu’il y a un quartier qui est exclu.
Cette année Il y a eu deux fêtes, et d’un côté et de l’autre du boulevard Ney, quelle circulation entre ces deux événements ?
- En tant qu’habitante de ce quartier-là et habitant ces immeubles-là, on est très peu consulté. Par rapport à notre cadre de vie, la façon dont nous vivons, entre mettre une grille à chaque bout de la rue pour protéger quelques arbres, des pelouses plutôt que de protéger les voitures des puces tous les week-ends en quadruple files.
- Il y a une autre façon de gérer que d’enfermer les gens d’autant que si l’Opac participe à la politique de la ville, ce n’est pas en faisant ça qu’on va s’en sortir, au contraire on va s’enfoncer tous.
- L’idée c’était de décloisonner les quartiers
- Moi je me suis battue pour qu’il y ait une école élémentaire avec une école maternelle, il n’est pas possible de faire une école maternelle quand il n’y a pas d’école élémentaire à côté.
Fête de quartier et espace culturel populaire
Il y a deux façons de définir le territoire, soit c’est le bâti, les immeubles, les rues qui définissent le territoire, soit ce sont les gens qui y habitent et donc la manière dont ils conçoivent le territoire.
Ce n’est pas le bâti en lui-même qui crée les problèmes sociaux, c’est vrai qu’il y a une conséquence de l’urbanisme sur la vie sociale mais il n’y a pas pour autant une relation de cause à effet.
Le podium de la fête de quartier est justement une façon de parler autrement de parler et concevoir le territoire, de travailler sur les représentations collectives.
Sur cette scène locale, il y a deux logiques mais qui ne sont pas contradictoires, entre la restitution d’un travail d’atelier encadré par des professionnels, où l’on pose une exigence culturelle, artistique, esthétique et de l’autre côté la force symbolique du podium en tant qu’espace de visibilité du quartier, le nôtre, celui où tout le monde a le droit de se présenter, parce que l’on représente le quartier.
La question est peut-être moins le statut de la production proposée sur la scène de la fête de quartier (professionnel, semi-professionnel, amateur) que de comprendre si nous partons d’une vision horizontale (situations sociales instruites par les habitants) ou verticale (préoccupations en tant que secteurs d’activité) du quartier.
Les cultures populaires fonctionnent plus par cercles, il n’y a pas obligatoirement une estrade au-dessus avec un rapport frontal au public qui sépare amateurs et professionnels, tout le monde est acteur de la scène autour d’une situation en cercle. Cela n’enlève rien à l’exigence quant à la qualité de ce qui est montré dans le cercle.
C’est par exemple le principe du bal populaire, non pas simplement conçu comme scène de danse, mais comme lieu d’expression et espace libre d’une culture populaire. Ainsi, la manière dont on conçoit et donc construit l’espace est très importante, car c’est comme cela que se construit aussi l’identité du quartier.
- L’idée du bal, il y a la musique, les gens se mélangent.
- Quelle image on a envie de donner pour l’année prochaine ?
- Que les bénévoles du quartier puissent faire quelque chose soit avec leurs enfants, même avec les enfants des autres, avoir un projet en commun qui mette en relation différentes mamans.
Réfléchir en termes d’espaces
Faut-il organiser la fête en termes de pôles d’activités (cuisine, podium, communication, jeu etc.) ou en termes d’espaces collectifs à construire. Difficile dans ce cas de déterminer l’activité à l’avance, sans aménager des moments de rencontres et développer processus de travail avec les habitants. Sur le plan de l’organisation, cela veut dire séparer ce qui est de l’ordre de l’organisation technique qui exige des compétences précises mais pas beaucoup de réunions, et ce qui est de l’ordre de ce processus collectif de travail dans la durée. L’aspect technique étant au service du processus et non le contraire.
- Moi faisant partie du 18ième mais étant d’un autre quartier, venant dans la structure du centre social Caf, je me suis sentie de passage, à la limite je me suis dit ce n’est même pas ma fête, j’ai trouvé que c’était une fête de quartier Binet.
- Quand je suis arrivée sur cette fête et que j’ai vu toutes ces dames assises en train de regarder la scène, je me suis dit mais moi je fais quoi là ?
- Pour la première fois c’était une fête qui était en bas de chez moi, j’habite depuis deux ans dans le 18ième, c’était sympa pour moi donc en fait je l’ai vécu autrement.
- Je trouve qu’il y a un réel problème dans le 18ième, en tant qu’habitant du quartier Moscova quand on est à Binet ce n’est pas chez nous, quand on est à Moscova dans les écoles ce n’est plus pour nous, on ne sait plus où nous mettre, on ne sait plus où mettre nos enfants.
- Comment les différents partenaires du quartier peuvent faire du lien social ?
- Par rapport à un territoire, la difficulté que j’entends de faire sa fête, c’est déjà de savoir dans quel territoire je suis.
- La fête du quartier, est-ce que c’est vraiment cloisonné au quartier, quand tu n’es pas du quartier tu n’as pas ta carte.
Logique de communication ou logique d’échange ?
- On peut proposer d’accorder plus de moyens pour l’affichage si cela paraît important à tout le monde, pour informer.
- Oui mais est-ce que l’affiche fait que tu te sens plus dans ton quartier et dans ta fête ?
- Moi je me dis c’est bien le 18ième il organise des fêtes de quartier, il y a des estrades, il y a des gens qui vont montrer ce qu’ils ont fait dans le quartier avec des associations du quartier, ce n’est pas un quartier fermé où chacun rentre chez soi.
Est-ce la communication qui incite à la participation, La communication peut constituer un support d’échange à partir du moment où il y a déjà un échange. Sur la Goutte d’Or, l’exemple des Nuits Blanches où il y a beaucoup de communication, ne montre pas obligatoirement une participation active des habitants du quartier. Un événement médiatisé dans une société de communication n’évite pas un moment la question du sens que l’on accorde derrière, indépendamment de l’aspect esthétique.
L’association les jardins du ruisseau, « un espace de la ville »
« On gère un équipement qui était un espace abandonné et tout d’un coup il y a une pratique que l’on a introduite. Alors, les gens se fédèrent autour de pratiques multiples et autour d’un lieu qui a une mission. Puisque c’est un espace public, il répond à un certain nombre d’exigences et à un certain nombre de règles mais c’est avant tout ce que les gens font dans les jardins qui justifie le fait qu’ils soient ensemble.
Au départ, la logique c’était les riverains concernés et cela n’a cessé de s’élargir puisqu’ il y avait trente adhérents et maintenant presque trois cents. Les gens se retrouvent à travers les pratiques multiples que ce soit du jardinage ou de la convivialité ou des animations ou des pratiques artistiques. Donc ce n’est pas une question d’un territoire qu’il faudrait traiter dans sa globalité, c’est plutôt les gens qui pour des raisons diverses descendent dans cet espace et se rencontrent et créent un équipement qui est vivant.
C’est un espace plutôt de création, c’est un espace où les gens sont créateurs de l’outil, l’abondent, l’enrichissent, lui inventent de nouvelles fêtes, de nouveaux usages, ce n’est pas du tout pareil parce que c’est une pratique volontariste de la part des gens de descendre et notre travail c’est de convaincre les gens que c’est facile de descendre. il y a encore des gens qui n’ont pas le réflexe de dire c’est à moi. Il y a encore des gens qui restent sur le seuil et à qui il faut dire c’est un espace de la ville. »
- Avant c’était privé, l’Opac et la Sogitec, tout le monde n’avait pas accès au jardin
- C’est quand même un espace qui a obligation d’être fermé, il y a ces histoires d’accès, ce n’est pas si simple.
- C’est comme tout espace public, il a ses règles. Comme la fête sur le mail Binet, il faut demander des autorisations, donc ça pourrait être pensé comme sur les mails d’organiser une fête avec les habitants pour qu’ils voient que c’est aussi leur espace mais c’est un espace qui appartient au public.
Logique de projet et logique de processus
- Cela fait six ans que je travaille sur ce quartier et notamment au centre social, j’ai vu plein de choses bouger, c’est cette mobilisation sur ce quartier avec autant d’associations, autant de bonnes volontés de toute part. Pour moi le problème il n’est pas dans les moyens mais comment on s’organise.
- Trente-cinq réunions et je n’ai noté que celles qui m’ont intéressé moi, il peut y en avoir eu cinquante. Parfois ceux qui ne sont pas en réunion s’investissent le plus le jour J.
Permettre un développement culturel et social, c’est arriver à articuler logique de projet et logique de processus au lieu de les opposer.
Une chose est d’organiser des commissions par rapport à des activités, une autre est d’être relié à un processus de transformation. Quand on ouvre un espace de relation comme la fête de quartier, on s’aperçoit que la manière dont les gens s’approprient, l’espace n’est souvent pas quelque chose que l’on peut prévoir à l’avance. Il y a ce que l’on prépare et ce qui se passe dans la réalité. Finalement, c’est le processus qui met en mouvement, pas ce que l’on prévoit en termes d’activité.
Cela revient à ce que nous disions plus haut, réfléchir, non pas en termes d’activité mais en termes d’espace, créer l’espace et après ce sont les gens qui vont se l’approprier qui vont créer l’activité. Cela rejoint la proposition du « Jardin du Ruisseau ». On ne peut pas penser à la place des gens, l’action peut être très cadrée, cela se passe autrement dans la réalité, autant partir de ce principe-là, de penser l’espace.
Après il y a des pôles à trouver, plus ludiques autour du jeu, ça peut être intergénérationnel, pas uniquement pour les enfants, un autre pôle sur la connaissance. c’est là où les interventions artistiques peuvent être intéressantes par rapport au regard, au travail qui est fait en amont avec les habitants sur leur quartier.
Traditions populaires
Sur cette mémoire collective, chaque ville à ses traditions populaires, comme le carnaval, ce n’est pas quelque chose de plaqué. Dans les fêtes déambulatoires, chaque quartier participe. Les personnes circulent. Chacun travaille dans son lieu et un moment donné il y a une circulation entre les lieux qui se produit parce chacun a envie de faire partager aux autres. C’est par les différents espaces tout le long de l’année que se crée un moment donné l’envie de partager ça avec d’autres quartiers. La circulation n’est pas un concept plaqué.
- C’est important de discuter sur les valeurs, se disant on est bien d’accord sur ce cadre, après chacun fait ce qu’il a envie de faire. Toutes les fêtes ont une histoire dans la solidarité populaire. C’était un des moments où l’on pouvait se détendre mais aussi se filer des coups de main concrètement, rencontrer son voisin et se dépanner dans la misère.
- Dans le cas de la fête vide-grenier, il y a une fonction d’entraide avec sur scène pas des gens du quartier mais des musiciens prestataires et une animation enfants. Il y avait un tiers d’habitant et deux tiers de l’extérieur
- La fête Binet il y a le podium, il y a le repas aussi mais c’est quand même différent.
- J’ai fait le point avec un groupe d’ados 14/18 ans, ils étaient une vingtaine ici, quand je leur ai demandé : d’après vous pour une population jeune qu’est-ce qu’on pourrait faire avec un centre social : des boums première réponse, après le gymnase.
- Les jeunes ne sont pas enfermés, c’est un lien quand ils sont entre eux mais ils savent le mettre de côté et s’amuser sur un bal musette. Il faut que les jeunes soient associés à la programmation musicale.
Acteur collectif
L’atelier de recherche-action peut contribuer à une prise de conscience en tant qu’acteur collectif, déjà par une configuration de réunion ouverte où participent les habitants comme acteurs, pas seulement les professionnels et associatifs.
- Il s’agit de voir naître un acteur collectif. Ce que je trouve intéressant dans une fête de quartier, est-ce que l’on peut faire quelque chose qui nous relie sur un point commun et qui ne correspond pas à ce que l’on fait d’habitude ?
- Au niveau des 25 associations présentent, il faut maintenant ce petit lien supplémentaire vers l’autre, vers celui qui n’est pas aux réunions. Comment ce qui est évident pour nous qui sommes présents dans l’organisation ne l’est pas pour l’autre, celui qui n’était pas à la réunion et c’est potentiellement trois cents habitants.
01/06/07 - Goutte d’Or
Comment mesurer la relation art social autrement qu’en termes d’offres, c’est-à-dire de publics à capter « les associations dites culturelles sont à la recherche d’un public et veulent accéder à un lieu de proximité où elles vont avoir un public » ?
Une autre manière d’aborder cette articulation entre art et social et de réfléchir en termes de processus, par exemple les ateliers de travail artistique qui s’inscrivent dans une durée. Comment alors évaluer ce qui s’y passe (exemple d’une troupe de théâtre auprès d’un public en alphabétisation) ?
Les artistes qui interviennent en atelier dans les milieux populaires ont du mal à valider cette intervention comme travail artistique alors qu’ils développent une démarche d’artiste. « Je me suis toujours positionnée très clairement en tant que metteur en scène, en tant que personne faisant du théâtre ayant envie de partager cette expérience théâtrale et il y a un vrai échange. Il y a une vraie circulation entre le travail que je fais avec eux et le travail que je fais par ailleurs sur d’autres projets dans un cadre plus professionnel. C’est une attitude, une réflexion et le positionnement par rapport aux gens est souvent très apprécié parce que je ne suis ni éducateur ni acteur social ».
Ce partage entre rôle artistique et social nécessite une cohérence du projet de la structure, ce qu’elle a envie de défendre comme projet culturel. Il ne devrait pas avoir à ce titre de différence quand la structure relais de l’atelier est un lieu social ou un lieu culturel. Dans tous les cas, le travail d’atelier amène à une double cohérence :
· La cohérence du projet interne de la structure qui accueille : place et rôle des professionnels impliqués respectivement dans les champs artistique et social,
· La cohérence dans le rapport du lieu avec son environnement, par exemple travailler sur l’intergénérationnel avec les enfants ou les adolescents.« Quand toute la famille est impliquée, ça se fait plus facilement. Il faut autant travailler sur les enfants que sur les adultes. ».
La culture équitable
Dans ce rapport entre public, lieu culturel (ou expérience artistique) et territoire la notion de « culture équitable » renvoie autrement à la cohérence d’un projet culturel dans la relation entre art et société.
« Avec Graine de soleil, on a fait un travail sur la poterie. Des femmes du quartier sont venues et se servaient des objets exposés. Elles nous racontaient leur usage. Elles revenaient avec leur famille pour montrer, pour expliquer ce qu’elles faisaient dans ces plats. On avait autant à apprendre qu’elles. C’est ce que j’appelle la « culture équitable ». C’est tellement plus enrichissant quand les visiteurs viennent pour parler de ce qui est exposé. C’est une forme de « solidarité culturelle », d’échange solidaire. Depuis cette expo, ces femmes hésitent moins à entrer. Il y en a qui m’ont fait des cadeaux ensuite. . Le public lambda ne venait que comme consommateur ici, tandis que ces femmes-là venaient en étant pratiquantes, moi j’avais quelque chose à apprendre d’elles, cet échange-là a été d’une richesse incroyable, à la fois pour elle parce que tout d’un coup c’était elles qui me disaient à quoi ça servait, ce qui a créé la dynamique avec les enfants, le week-end elles revenaient avec leurs enfants, leur mari pour montrer à leurs enfants qui sont nés ici leur propre culture là-bas avec ce support ».
Nous sommes à l’opposé d’une folklorisation de la culture où l’on considère la culture comme une forme figée dans le temps, de la « muséification » par exemple de l’artisanat africain où des objets usuels se retrouvent au musée. Ici la volonté artistique prend un sens dans une culture vivante, elle participe à un mouvement. « Il y a un lien entre le public et la culture. »
Le sens de l’intervention artistique dans un rapport aux publics entre projet de territoire et événement éphémère
Parfois ce rapport au public devient facultatif ou plus ornemental quand, dans l‘intervention artistique sur un territoire, la force symbolique prédomine sur le sens accordé par une réception publique. Un certain nombre d’acteurs s’interrogent sur des manifestations à grand renfort de communication comme les Nuits Blanches qui ont choisi le quartier de la Goutte d’Or en 2006. Il ne s’agit pas de contester le statut de l’art contemporain, de provoquer des décalages avec les cultures des quartiers populaires mais de comprendre comment pour les habitants de ces quartiers cela leur donne les moyens de redéfinir un autre rapport au territoire. Autrement dit, sommes-nous dans une culture de transformation (toujours l’idée de « processus ») où sommes-nous dans une instrumentalisation de la culture pour la promotion d’un territoire ?
La culture est présente en dehors de ces formes événementielles, elle est aussi présente en dehors des lieux culturels et des lieux de diffusion. La question n’est plus alors de rencontrer un public qui de lui-même n’irait pas vers une pratique artistique, mais de partir de situation qui met en œuvre un processus de réception publique, d’expérience individuelle ou collective. « La rencontre artistique va avoir lieu à un moment ou à un autre ».
Si le public n’est pas uniquement public mais co-participant à l’œuvre en lui donnant un sens, il est rarement co-participant à l’évaluation du projet qu’elle soit sociale ou artistique. Peut-être que là il y a des critères partagés d’évaluation à trouver, par exemple dans le cadre d’un travail en atelier pour dire dans cette forme de production collective, ce que chacun a vécu, ressenti à travers ce projet. Établir des critères partagés permet aussi de faire bouger un peu les frontières entre le monde artistique et social, amateur et professionnel, d’être moins un discours monopolisé par une corporation.
À l’inverse, l’on peut s’interroger sur l’évaluation qui pourrait être faite de certaines interventions artistiques. « Sur la dernière nuit blanche il y avait l’installation d’une œuvre, c’est un igloo avec des bananes congelées à l’intérieur. On peut s’interroger sur le sens et le coût de telle initiative alors que des galeries qui respectent l’art africain font un travail au quotidien. »
Ce qui n’est pas remettre en cause l’intérêt du décalage que peut provoquer un art contemporain. « En dehors des actions au quotidien, il faut aussi que les cultures puissent être saisies par d’autres personnes, donc on amène aussi des choses insolites, un peu étranges je trouve que c’est bien, après on aime ou l’on n’aime pas, quand on voit les moyens qui sont mis en œuvre pour ces choses-là, il y a un certain décalage que l’on vit mal. »
« C’est un symbole la photo de Coluche à proximité de Saint-Bernard. Cette photo ou la pièce de théâtre pendant la Nuit Blanche, ce n’était pas un hasard. ». « L’artiste a choisi de mettre la photo de Coluche à cet endroit avec une intention. Ce que je préfère c’est quand on provoque une réaction. Le pire c’est l’attitude de consommateur, attitude passive. »
Sur un projet comme la goutte d’or , si le terrain était préparé, amené à une certaine réflexion, il serait peut être en capacité de réceptionner cette chose pour qu’elle ne soit plus imposée, au contraire qu’on s’en serve et là ça devient une valeur ajoutée au quartier. Sur des projets culturels, on est un peu consommateurs d’évènements culturels, ça devient une vitrine sur la culture mais on sait bien, quand on est sur le terrain, que « la culture » ça en fait partie mais ce n’est pas que ça. Si on ne permet pas au terrain d’exister, ces évènements-là vont devenir que des vitrines ».
Le travail sur la réception esthétique d’une intervention artistique, nous le voyons, est un travail sur la relation entre la sensibilisation et l’intelligible, cette relation entre la réception d’une forme (ce qu’elle dégage en nous), le sens qu’elle prend dans un contexte (ce qu’elle engage en nous).
Est-ce une « vitrine » ou une « valeur ajoutée », il n’y a pas obligatoirement incohérence entre « un projet de territoire qui montre ce qui existe tout le temps » et « un évènement ponctuel, par définition éphémère qui utilise le cadre urbain ». À condition de pouvoir articuler ces éléments dans une logique de développement culturel. Qu’est ce qu’une action culturelle aujourd’hui ?
Évaluer une action culturelle
Dans une intervention artistique, les rencontres sont en général très fortes. Mais après, comment évaluer cela en termes de logique de développement sur le territoire ?
« Quand je rencontre les gens pour lesquels je veux intervenir, ce n’est pas que des catégories de gens, c’est une personne qui va avoir accès un moment donné d’une manière ou d’une autre à une situation, aller voir un spectacle, pour évaluer l’incidence que cela a, on ne sait pas. des fois tu vas avoir une rencontre avec quelqu’un mais des fois c’est dix ans après que ça déclenche quelque chose. L’épanouissement de quelqu’un, comment pouvoir évaluer ça ?.»
La question n’est pas ici la définition institutionnelle de l’évaluation, le bilan demandé par exemple suite à une action, car ici l’évaluation est vécue comme une injonction, quelque chose de subi et de ponctuel, décalé de la réalité. Ce n’est pas des gens que l’on juge, ce sont des processus que l’on qualifie. Nous pouvons donc autrement évoquer l’évaluation comme une « ethnométhode », c’est-à-dire un mécanisme que nous provoquons naturellement en situation avec nos propres outils pour analyser et agir.
Ce n’est pas parce que l’évaluation est de l’ordre de l’humain et du processus que cela n’est pas possible. Tout est évaluable mais toute évaluation n’est pas pertinente, la question n’est pas l’évaluation en soi mais la définition de l’objet que l’on se donne à évaluer. Si la définition n’est pas pertinente, alors l’évaluation ne le sera pas. Ainsi en est-il des termes « culture », « action culturelle », « développement culturel ». Si ces termes ne sont pas définis, alors une évaluation n’est pas possible. Il en est de même de la notion de « projet » et projet culturel ou projet de territoire qui recouvre des sens, des dispositifs et des réalités bien différents. Nous pourrions citer le terme d’ « atelier » qui a été évoqué.
Un travail d’évaluation commence donc par un travail sur les mots, non pas simplement de manière « intellectuelle », mais de manière processuelle : l’action est toujours une construction avec des mots même s’ils ne sont pas toujours exprimés verbalement, c’est un langage avec un vocabulaire.
Essai de définition d’une approche culturelle
Ainsi, plutôt que de définir la culture par opposition entre « culture populaire » et « culture cultivée », « culture anthropologique » et « culture académique » il serait plus pertinent de la définir selon trois dimensions qui se rejoignent dans un processus commun : La culture vivante (travail de la culture en situation), la culture comme connaissance à travers des médiums (transmission et diffusion de la culture), la culture symbolique (les représentations de la culture).
1- La culture vivante, c’est celle qui est mise en œuvre dans le travail de la culture : transformation individuelle et sociale, mouvement d’émancipation de conscientisation, adaptation et changements en réponse à son environnement, interactions, échanges en situation, etc. « Nous avons la chance d’être dans un quartier où il y a encore des échanges, une solidarité entre les personnes ». Tout mouvement culturel connaît des situations d’émergence et de ré-émergence. De même, c’est en situation de « travail de la culture » que se produit l’innovation sociale, l’invention de solutions alternatives face aux problèmes rencontrés.
2- La transmission de la culture, c’est ce qui met en œuvre des médiums (livre, son, image, multimédia, Internet, etc.), et tout ce qui sert de support et de véhicule à un élément de connaissance; ce qui sert d’intermédiaire, ce qui produit une médiation entre émetteur et récepteur. Nous ne sommes plus dans la culture directe mais dans sa transmission. C’est pourtant une partie intégrante de la culture, elle ne peut se dissocier du reste car la culture ne peut se diffuser ou être transmise sans support. Le travail artistique en atelier fait partie de ces situations particulières où l’atelier comme configuration joue bien ici le rôle d’intermédiaire, médium du travail artistique. Cependant l’importante économie de l’industrie culturelle pousse à confondre « médium » et consommation de produit culturel.
3- Enfin, la culture symbolique, c’est le travail de représentation qui permet de mettre en lumière le caractère universel de toute culture particulière propre à un territoire et un contexte. Le symbolique indique qu’il existe des relations sociales dans lesquelles et par lesquelles le sens circule à travers une société. Les œuvres artistiques et l’espace de réception esthétique qu’elles génèrent constituent la partie la plus éclairée de ce patrimoine commun à l’humanité. Même si les lieux culturels ont tendance à s’adjuger le privilège de représenter cette dimension « élevée » de la culture, la part d’universel existe dans toutes cultures particulières. En cela, il n’existe pas de « groupes incultes ». Bien qu’accédant peu aux lieux culturels, une culture populaire a autant accès à cette part symbolique de la culture que la culture des gens lettrés.
Cette définition de la culture en trois volets propre à toute culture offre plusieurs avantages :
· Dépasser le jugement de valeur basé sur une comparaison de niveau de culture, replacer les éléments dans une totalité en refusant de les séparer
· Éviter une définition énumérative ouverte à l’infini de la culture comme un ensemble de pratiques et de techniques
· Comprendre la culture comme un processus, la mise en œuvre d’un travail (« travail de la culture, travail de transmission, travail de représentation »).
Auto-évaluation, autonomie, contre-expertise
L’évaluation n’est donc pas un processus qui s’ajoute en plus mais déjà une mise en valeur des processus d’auto-évaluation.
« Les décideurs sont clivés. Ils rêvent d’Art. Quand on leur parle du public, ils décrochent. Ils nous imposent une vision et je ne suis pas sûr qu’ils en aient conscience ».
Sachant que nous sommes « écrits à l’avance » par ceux qui nous nomment et nomment nos projets, le travail d’évaluation est un travail de requalification de ce que nous faisons, des espaces que nous ouvrons. Nous pouvons alors proposer des modèles alternatifs d’analyse et de production de connaissance comme nous avons tenté de le faire sur une définition de travail de la culture en trois volets.
Nous nous apercevons effectivement que les formes d’actions et d’évaluation qui ne reprennent qu’une approche parcellaire sont vouées à l’échec. Ainsi ce que l’on appelle « la démocratisation culturelle », s’est attachée au troisième volet, la culture symbolique sans pouvoir dépasser la notion d’accès à la culture en termes d’offre et de demande.
De même le deuxième volet, celui de la transmission et des médiums, reste cloisonné à une éducation artistique d’un côté et l’industrie culturelle de l’autre souvent mis en opposition, sans donner les véritables outils d’une évaluation du travail en atelier.
Enfin le premier volet, celui du travail de la culture vivante, est renvoyé aux pratiques amateurs alors que l’éducation populaire cherche toujours une nouvelle manière d’intégrer la culture dans son projet.
05/06/07 - Porte Montmartre/Clignancourt
« Échanger entre plusieurs instances, sur différentes questions ce n’est jamais simple, on a jamais le temps d’aller au fond des choses. quand on se réunit pour préparer une fête de quartier on n’est pas là pour développer les questions existentielles ».
L’intérêt du groupe c’est de travailler dans la transversalité parce que chacun est dans son secteur d’activité suivant que l’on se situe dans une association, une structure, un lieu. si c’est un lieu culturel on va être dans une activité culturelle, sociale, socioculturelle, chacun a sa casquette et on va d’abord s’intéresser aux questions directement liées à sa pratique. Si on fait du social, cela sera des questions autour du social alors que l’intérêt du groupe c’est de travailler sur les intersections, sur les frontières. Un travailleur social doit pouvoir interroger un artiste et réciproquement, sur un terrain neutre et égalitaire, pas uniquement sur une prestation de services ou d’échanges.
L’intérêt d’un groupe de travail est donc de se détacher de l’action, tout en la réinvestissant d’une autre manière. À partir des pratiques et des questions concrètes, on peut se donner des outils de travail méthodologiques, pour les réinjecter ensuite dans leurs pratiques et les projets. Telle personne a envie de parler de son projet, nous pouvons y consacrer une réunion, le décortiquer, travailler là-dessus.
« Le débat des réunions, cela nous a beaucoup aidé à la réflexion sur la fête de quartier. Pourquoi la fête de quartier, comment, qu’est-ce qu’on a envie de faire ensemble, pourquoi c’est important que ce soit collectif et de quelle manière ? La réflexion a permis de voir les choses d’une autre manière sur la fête de quartier, mais tout ça ce devrait être de l’équipe de développement local, on sent bien que les gens sont dans une attente d’un projet de quartier dans lequel, ça n’empêche pas les individualités, mais que le partenariat prend du sens. »
Travail d’évaluation
Le travail d’évaluation, c’est d’abord un travail sur une expérience commune avec toutes les personnes qui ont contribué à la situation. Mais aussi, un regard complètement extérieur de gens qui n’ont pas participé directement à l’action mais qui peuvent renvoyer des choses de manière détachée.
« Ce qui serait intéressant c’est qu’est-ce qu’en disent les habitants, quelle répercussion. Je suis entrain de faire l’évaluation de la journée de la femme, de faire les écrits, rencontrer l’équipe où tout le monde donne son avis, parce qu’on ne vit pas les choses de la même manière suivant sa place dans l’action ».
C’est aussi un travail comparatif, entre différents événements en posant des critères transversaux entre l’aspect social et artistique, en termes d’innovation sociale. La créativité, c’est là où la culture et la dimension artistique peuvent intervenir si on donne l’espace pour expérimenter. L’association est devenue plutôt un refuge pour défendre son projet, mais peut-elle être le support à l’innovation, alors que les projets sont tout de suite limités dans le temps, dans la transversalité, dans le territoire parce qu’ils sont obligés de rentrer dans des cases. « C’est cette histoire de cases, il y a les subventions, et cette limite dans le temps ».
Le travail d’évaluation est aussi un travail sur les représentations. « Innovation », ne veut pas dire « abstrait » ou « culturel » , c’est un processus à la fois individuel et collectif.
« C’est génial de pouvoir innover mais en même temps ce n’est pas forcément suivi par les financeurs ou par le public lui-même. Les habitants se reconnaissent plus sur un projet ordinaire qui va concerner son quotidien, que sur un projet un peu plus culturel, un peu plus abstrait ».
Médiation artistique et projet culturel de structure
Expérience Petit Ney
« Des familles emmenées sur les ateliers de Belleville se sont mises à peindre dans leur cour pendant que les enfants faisaient l’atelier. Le créatif n’est pas abstrait, il faut mettre toutes les conditions pour que cela soit possible. Le créatif est là, pour les gens qui n’ont pas d’idées préconçues dans la tête. Mais il faut des conditions particulières, une intervention spécifique culturelle ou artistique, la compétence de l’intervenant peut amener une autre dimension.
On a eu un atelier de découverte de son, musique contemporaine, on a eu des mamans, des enfants, ils ont adoré ».
Expérience centre social
Porter un projet culturel n’est pas le propre d’un lieu culturel mais d’une exigence, d’une cohérence portée par une équipe.
« Nous avons accueilli la compagnie Résonance qui venait pour faire des photos sur des regards pour l’exposition du 24 juin, cela provoque une rencontre. Il s’agit juste de prendre des yeux, l’accès à la photo c’est tout un travail, c’est un rapport à soi dans son image, un rapport culturel au fait d’être exposé, ce n’est pas si simple, il peut y avoir une résistance des familles.
Il y avait la photographe, la personne de la compagnie Résonance, l’équipe du centre social qui fait le relais, ce rôle d’accompagnement est important, expliquer à chaque personne, demander son avis, parce qu’on ne peut pas penser à la place des gens. Il faut prendre le temps aussi de faire les bilans, nous on avance tellement vite.
Le centre social a évolué sur le côté pointu de ses activités, plus culturel, sorti de l’animation classique. »
Art participatif et co-construction du sens d’un projet
Il est nécessaire que l’exigence sociale rencontre l’exigence artistique.
« Lorsque l’on vient prendre des photos des regards, quelles sont les formes d’implication des personnes ? »
Quels sont les critères de cette rencontre entre dimensions artistique et sociale ? Peut-on parler en cela d’art participatif, de co-production artistique ? Cette dimension participative concerne à égalité la mise en œuvre et la réception de l’œuvre ? Quel est le statut de l’œuvre ?
- « D’abord je me poserais la question : qu’est-ce qu’ils ont envie de montrer, qu’est-ce que leur regard regarde par exemple et voir avec les personnes. Dans un autre projet en banlieue de photographie, ils avaient un appartement, il y avait des gens qui venaient, ils ont pris le temps qu’ils racontent un souvenir, cette photo-là elle leur était restituée, c’est une belle photo de ce qu’il y a du plus beau d’eux-mêmes qu’ils avaient envie de montrer, ils repartaient avec, après il y avait ce projet d’exposer mais c’était un ensemble ».
- « L’intervenante est venue rencontrer le public du mercredi pour qu’on en parle ensemble. On a échangé ensemble avec les mères de famille pour savoir si le projet les intéressait, si elles souhaitaient ou pas y participer et c’est après qu’elles aient dit oui, la semaine d’après on a posé un moment de rencontre avec le photographe et il était entendu que chaque famille recevra sa photo. Nous comme on est une structure ouverte, ce mercredi-là il y avait les mamans qui avaient été informées, qui sont nos habituées, qui viennent à nos ateliers, plus d’autres qui passaient par là à qui moi j’ai proposé de se joindre au groupe, elles, elles débarquaient mais en même temps elles pouvaient ne pas s’en saisir. Donc il y avait à la fois cette notion de liberté d’adhérer ou pas et d’ouverture. On est très attaché à ça au centre social, il n’y a pas de groupe fermé ».
- « Comme l’exposition de photos de la journée de la femme a changé d’orientation, de thème, elles se sont appropriées en deux minutes, on est arrivé à des portraits maman/enfant. Le projet a changé, au départ c’était une petite partie du visage parce qu’on pensait que les femmes n’avaient peut-être pas envie d’un portrait exposé ».
Il est intéressant de noter, dans une forme participative, que le projet peut évoluer en cours de cheminement quand l’intention artistique rencontre une intention sociale.
Il y a une co-construction de l’espace de travail, le sens n’est pas donné à l’avance, ce n’est pas l’artiste qui intervient en disant le sens de son intervention, mais il se construit en même temps. Ce qui serait intéressant de vérifier alors que le sens se co-construit, comme une parole émerge de la part des acteurs, habitants, artistes intervenants, que ce ne soit plus uniquement une parole extérieure ».
- « Dans le bilan de la journée de la femme de l’année dernière, elles avaient toutes exprimé leur frustration de n’avoir eu qu’un repas, on veut passer plus de temps, d’où cette année une semaine de la femme et non plus une journée. Des personnes avec qui la communication n’était pas facile et qui se sont ouvertes depuis ce jour-là ».
Qu’est-ce qu’une « fête de quartier » ?
Fête du 3 juin, la question de la mixité sociale
- « C’est une brocante, un vide-grenier organisé depuis six ans par une association, Moscova.fr. C’est une association d’habitants de classe moyenne qui se sont installés sur le quartier de la Moscova et qui un moment donné se sont dits : on aime bien notre quartier, on est content d’être là et on a envie de lui rendre quelque chose. Le vide-grenier a aussi un espace enfants pendant que les parents chinent. Après il y a eu cette idée de pique-niquer ensemble le midi pour être dans un espace convivial où l’on mange tous ensemble, le centre social a été sollicité pour donner un coup de main sur ce repas. Cette année cela a été très actif, mais les familles populaires et classes moyennes ne se sont pas obligatoirement rencontrées ».
- « Moi je suis assez idéaliste et je suis capable de mettre la député maire du 18ième avec la maman qui n’a pas de logement, ça s’est mon idéal mais on a encore du chemin à faire ».
Fête du 24 juin, la question de l’exposition artistique
- « Il faut sortir d’une organisation en stand où chacun présente son projet, pour essayer de trouver une fête commune et c’est difficile de ne pas plaquer les choses. La scène est gérée par deux structures, ils ont été obligés de se limiter eux-mêmes. Il y a le projet de la compagnie Résonance qui se veut indépendante à cette fête de quartier et il est très compliqué parce qu’il est hors cercle, c’est de la photographie avec une dimension sonore qui pose des problèmes techniques ».
- « Qu’il y ait une expo avec des regards ça ne me dérange absolument pas, mais ce qui est dérangeant là c’est qu’il faut un zoom spécial sur ce projet-là. Il y a une communication précise sur cet événement. C’est comme si nous, on faisait une communication spéciale sur le repas ».
- « Alors qu’on a réussi à faire des réunions qui sont difficiles parce qu’on a remis en question les espaces des uns et des autres, de fait cela nous permet de repérer les gens que l’on peut mettre ensemble ».
Quel sens prend l’intervention artistique dans un quartier populaire ? L’extériorité n’est pas négative en soi, cela peut mettre en visibilité, en valeur quelque chose, par ce décalage, c’est le but de l’art, mais comment est approprié collectivement ce sens par le quartier, par exemple dans la manière dont va être construite la réception autour de cette exposition dans le cadre de la fête et après ce qui va se passer.
- « Les gens qui auront participé à cette exposition, quelle trace ça va laisser dans leur vie ? C’est sonore il va y avoir des textes en même temps, peut-être des témoignages. C’est l’atelier d’écriture mis en place durant l’année par la compagnie Résonance ».
- « La fête ce n’est pas un fourre-tout où tout le monde vient présenter son truc, il faut que ça serve aux habitants, que ça s’adresse à eux et cette exposition un peu pointue avec des textes je ne suis pas sûr que ça puisse s’adresser à eux. L’exposition peut être très bien mais peut-être dans un autre contexte ou à un autre moment ».
- « J’ai l’impression un moment donné que les enfants comprennent mieux que les adultes ».
L’intérêt ici d’un groupe de recherche-action, c’est de poser les questions transversales indépendamment de tels projets, associations ou personnes : le rapport au territoire entre une fête de quartier et une intervention artistique.
Est-ce que ce n’est pas lié au fait que c’est une compagnie implantée sur le quartier. C’aurait été quelqu’un de complètement extérieur qui aurait fait ça, peut-être que le débat aurait été différent. Qu’est-ce que veut dire être un lieu de proximité, un lieu du quartier ?
- « C’est plus une histoire d’autonomie, le projet artistique ne se présente pas comme indépendant de la fête mais demande à être géré par la fête de quartier, c’est une autre implication.
- « Pour moi la question ne porte que sur l’objectif de partenariat. Le partenariat c’est qu’est-ce qu’on fait ensemble et qu’est-ce que l’on met en commun pour que ça soit possible en complémentarité. »
Projet culturel et projet individuel
Cela pose aussi la question du rapport de l’individu face au collectif. S’il y avait une identification forte en tant que projet de quartier, cela permettrait aux personnes de se placer tranquillement sans qu’il y ait des tensions : les jeunes pourraient trouver leur place, l’artiste pourrait trouver sa place parce que là il y a un projet fort qui est identifié, après chacun apporte ou non sa contribution. Un projet culturel, ce n’est pas obligatoirement faire toujours tout ensemble, mais en quoi chaque intervention participe à une transformation effective, aussi bien pour les individus, que sur le plan social, du rapport au territoire, en quoi tout cela est lié à un processus réel sur le terrain, en quoi les personnes non seulement y participent mais construisent une analyse sur leurs situations.
- « On a eu le souci sur le carnaval. on pense souvent que faire une fête c’est l’objectif, c’est faux, c’est le moyen pour faire autre chose ensemble ».
Un projet culturel ne peut se résumer à une prestation de service d’opérateur ou d’intervenant sur un territoire. L’aspect festif est un très bon support de rencontres, intégrer la fête dans un projet culturel, c’est l’inclure dans une dimension de processus et les prestataires de service éventuels sont au service du projet.
Statut des participants
- « Pour l’organisation de la fête il y a un besoin fort évident des personnes investies, d’être reconnues dans cet investissement. L’intérêt, c’est que quand tu participes tu vis le projet autrement ».
Chaque structure a un nom pour définir ses participants : usagers, clients, militants, bénévoles, adhérents. Il faudrait peut-être inventer un mot pour signifier cette participation à un projet collectif, à une démarche collective. Dans notre réseau interrégional, nous parlons de « coopérateurs ». Dans la coopération on apporte et on reçoit. on n’est pas simplement acteurs, c’est un engagement mais réciproque, chacun est co-constructeur, engagé dans un processus individuel et collectif. C’est comme dans un groupe de recherche-action, cela ne tient que par un engagement réciproque.
- « C’est un grand débat sur le centre social depuis plus d’un an. Nous avons des gens qui arrivent comme ça sur des opérations et dire ils sont bénévoles, non, se sont des intervenants ».
L’avantage du terme « coopérateur », c’est qu’il transforme la limite entre bénévole et professionnel. Un bénévole peut être dans son engagement aussi professionnel, tandis qu’un professionnel peut ne pas du tout se sentir investi. Ce n’est pas non plus une question de financement, parce qu’il peut y avoir d’autres formes d’échange qui ne sont pas de l’ordre pécuniaire mais qui sont aussi des échanges économiques comme quand on apporte un projet et on reçoit quelque chose, c’est une sorte d’échange, on n’est pas directement payé en tant que professionnel mais on est rétribué autrement, on apporte un service, on vous rend service, etc. C’est cela qui est intéressant de valoriser. On peut générer de l’économie sans demander un financement, on peut participer à un projet sans créer une association et ce système de coopération permet ça. Communiquer autour de ça autour d’une fête de quartier, ça a un sens intéressant. Nous rejoignons ici le principe d’un projet culturel. C’est l’engagement réciproque où l’on ne « participe » pas simplement, on construit du sens, un processus.
10/05/07 Porte Montmartre - Clignancourt
Réunion du 10/05/07 au Centre Binet
Mobilité et perception du territoire
Le territoire est parfois considéré comme un ensemble de lieux. "Lorsque les personnes se déplacent dans un lieu, ils savent très bien qu’ils arrivent dans un quartier, il y a des gens d’ailleurs qui ne vont pas dans tels lieux culturels parce qu’ils ne sont de ce quartier et vice versa".
Mais les habitants ne sont pas enfermés dans un lieu, ils sont mobiles dans l’espace géographique et culturel avec des territoires d’Ailleurs, celui par exemple d’un pays d’origine.
On peut ainsi être attaché à un territoire et en même temps culturellement être influencé par autre chose. C’est donc moins les lieux que la mobilité entre différents lieux (physique, virtuels, imaginaires) qui décrit le territoire de chacun.
Et puis, il y a le territoire d’action des associations, des intervenants, est-ce qu’il coïncide ? Certains, comme les artistes, semblent plus facilement développer la capacité de traverser les territoires des uns et des autres pour définir un autre territoire. C’est le cas par exemple lorsqu’ils travaillent sur la frontière boulevard intérieur ou entre Paris et banlieue en mettant en lumière les mobilités, les affinités, les échanges.
Enfin, il y a la définition institutionnelle du territoire à des fins géographiques de répartition de l’espace, des équipements et des populations.
Qu’est-ce alors définir un « projet de territoire » ? Sommes-nous simplement dans l’addition des projets, des interventions, des perceptions ou dans une totalité qui dépasse la sommes des éléments ?
Territoire familier et territoire étranger
Le territoire commence là où l’on se sent chez soi. C’est quelque chose que l’on ressent, de l’ordre d’une assurance, que l’on connaît très bien.
« Quand il fait nuit, sur mon territoire je peux me repérer facilement, il y a certains indices, certains bâtiments, certaines odeurs qui peuvent me guider parce que je suis sur mon territoire, je n’ai pas peur de poser mon pied quelque part parce que je connais aussi les dangers sur mon territoire. Il y a des éléments que j’ai intégrés qui font que j’ai une certaine confiance. Par contre quand je suis sur un territoire que je ne connais pas il y a cet esprit de danger lié à l’activité des gens. Le territoire pour moi c’est l’endroit où je me sens en sécurité.»
Le territoire étranger avive les sens, nous sommes plus perceptifs à ce qui se passe, aux détails que l’on remarque plus dans le territoire quotidien. Ce « chez soi » public, commence le seuil extérieur de sa porte, par la cage d’escalier, pour s’étendre aux lieux de convivialité, de consommation de proximité, de services publics, de loisirs.
« Mon territoire c’est où est-ce que je vais aller faire mes courses, où est-ce que je vais avoir une banque, une poste. Un territoire c’est d’abord où est-ce que l’on a ses repères de vie. Moi mes loisirs, il y a un cinéma de quartier en bas de chez moi, j’y vais une fois par semaine, trois euros, génial par contre pour aller au théâtre je vais aller vers Paris. »
Il y a ce territoire individuel où l’on peut préserver un anonymat, ces règles d’évitement et de rencontres sont aussi la marque de l’urbanité qui distingue ici le quartier populaire du village. « Dans mon territoire personnel je n’ai pas obligatoirement envie de me mélanger, j’ai envie de garder une forme d’anonymat qui fait que je ne suis pas obligée de dire bonjour à tout le monde, de créer du lien, parce qu’on est un peu serré. »
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05/05/07 Goutte d’Or
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~Jardin Eole
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22/02/07 - « Jardins d’Eole »
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